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Mémologie

jeuxvideo.com, Kaamelott, Nabilla : d'où viennent les expressions qu'on utilise sans y penser

« Cimer chef », « c'est pas faux », « allô quoi », « oklm »... Ces expressions sont entrées dans le langage courant français. Voici d'où elles viennent vraiment, fiche par fiche.

Certaines expressions ont si bien infusé la conversation courante en France qu'on en oublie l'origine précise. Un forum de jeux vidéo, une série télé, une émission de téléréalité et un président de la République ont, chacun à leur manière, fourni une partie du vocabulaire argotique d'Internet. Voici comment.

Le forum qui a façonné une génération

Le forum Blabla 15-18 ans de jeuxvideo.com, créé au début des années 2000 puis séparé par tranche d'âge en 2004, est longtemps resté le forum de discussion le plus actif du web francophone — bien au-delà des jeux vidéo qui lui donnent son nom. Une bonne partie de son vocabulaire interne a fini par déborder sur le reste d'Internet. C'est le cas du mot « khey », emprunté à l'arabe et désignant le frère, qui trouve son origine dans une anecdote postée le 11 mai 2014 racontant une rencontre chaleureuse avec un vendeur de kebab — le même fil donnant naissance à l'expression « Cimer chef ». Le forum a aussi été le théâtre d'un épisode resté célèbre : en juin 2011, un lycéen publie sous le pseudonyme Chaldeen ce qu'il présente comme le sujet de mathématiques du baccalauréat du lendemain, déclenchant un emballement médiatique et une enquête de police avant d'être mis hors de cause. Quelques années plus tard, entre 2014 et 2015, c'est aussi sur ce forum que le rire de l'humoriste espagnol Risitas, filmé dès 2007, trouve sa deuxième vie et devient une référence culturelle centrale du web francophone.

Kaamelott, source de répliques à retardement

La série « Kaamelott » d'Alexandre Astier, diffusée sur M6 dans les années 2000, a fourni au langage courant français plusieurs formules devenues des réflexes de conversation. « C'est pas faux » est à l'origine une invention du personnage Karadoc, qui s'en sert pour ne pas admettre franchement qu'il ne comprend pas un mot — avant que Perceval, à qui il l'enseigne, ne se l'approprie et ne l'utilise à tout propos. Ce même Perceval est aussi à l'origine de « Ça va être compliqué », employée dans la série face à une situation qui dépasse sa compréhension, et reprise depuis pour signaler n'importe quel problème qui s'annonce insoluble.

Quand la téléréalité et la politique fabriquent du mème

Le 6 mars 2013, la candidate de téléréalité Nabilla Benattia s'étonne à l'antenne que d'autres candidates ne possèdent pas de shampoing et lâche : « Allô, non mais allô quoi ». La réplique fait d'elle une personnalité nationale en quelques semaines et reste l'une des expressions les plus citées d'Internet en France. Cinq ans plus tôt, en 2008, c'est un président de la République en exercice qui fournit, sans le vouloir, l'une des punchlines politiques les plus reprises du web : au Salon de l'Agriculture, filmé par les caméras présentes, Nicolas Sarkozy répond à un visiteur qui refuse de lui serrer la main par un « Casse-toi, pauvre con » resté célèbre bien au-delà de son contexte d'origine.

L'argot venu du rap

« OKLM », acronyme argotique de « au calme », est popularisé au début des années 2010 par le rappeur Booba pour décrire un état de détente ou de réussite assumée, avant de devenir une légende générique de photo de vacances sur les réseaux sociaux. « Avoir le seum », de l'arabe sèmm (« venin »), suit un trajet différent : né dans l'argot des banlieues vers 2004, diffusé par le rap à partir de 2012, il est repris dès 2013 dans une campagne nationale de sécurité routière avant de connaître un pic de popularité en tant que mème lors de la Coupe du monde 2018.

Ce qui reste utile à retenir

Aucune de ces expressions n'est sortie de nulle part : chacune a une source précise, souvent une seule scène, un seul fil de forum ou une seule punchline. Ce qui frappe, c'est la diversité de leurs origines — un forum de niche, une série télé, une émission de divertissement, une sortie présidentielle — et la vitesse à laquelle elles ont quitté leur contexte de départ pour devenir un vocabulaire partagé, utilisé bien au-delà de ceux qui en connaissent l'histoire.

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