Si vous entendez votre ado dire qu'un camarade a du « rizz », qu'une situation est « Ohio », ou qu'il vous accuse de lui faire une « fanum tax » sur ses frites, vous n'êtes ni le premier ni le dernier parent largué. Cette culture n'est pas sortie de nulle part : chaque terme a une origine précise, souvent une vidéo, un streamer ou un jeu vidéo identifiable. Ce guide fait le lien entre le vocabulaire et sa source réelle, fiche par fiche.
« Rizz »
Si votre ado dit qu'un copain « a du rizz » ou qu'il a « rizz » quelqu'un, il parle simplement de charisme ou de capacité à séduire. Le terme n'est pas inventé par la génération actuelle : il a été popularisé à partir de 2022 par le streamer américain Kai Cenat, au point d'être consacré « mot de l'année » par l'Oxford University Press en 2023 — un dictionnaire de référence, pas un site de mèmes, ce qui donne une idée de son ancrage réel dans le langage courant anglophone puis francophone.
« Skibidi » et Skibidi Toilet
« Skibidi » tout seul ne veut souvent rien dire de précis : c'est une interjection empruntée à Skibidi Toilet, une série de courtes vidéos en images de synthèse créée en 2023 par l'animateur russe Alexey Gerasimov, mettant en scène des têtes humaines chantantes sortant de toilettes, en guerre contre des humanoïdes-caméras. C'est devenu un univers fictif à part entière, avec ses propres codes, très suivi par la génération alpha (nés après 2010) — d'où le décalage générationnel si marqué sur ce terme précis.
« C'est Ohio » / « Ohio Final Boss »
Dire qu'une situation « est Ohio » ou qu'une personne est le « Ohio Final Boss » (« boss final de l'Ohio ») est une moquerie affectueuse et absurde visant cet État américain, devenue un running gag sur TikTok. Le surnom Ohio Final Boss désigne précisément un TikTokeur japonais, Satoyu, connu pour ses lives où il marche en costume sur fond de musique phonk — son surnom vient d'un jeu de mots entre sa salutation japonaise « Ohayo » et « Ohio ». Le sens s'est ensuite élargi à toute situation jugée bizarre ou absurde.
« Fanum tax »
Si votre ado réclame en riant une « fanum tax » sur votre assiette, il ne s'agit pas d'un impôt réel mais d'une expression désignant le fait de chaparder la nourriture d'un proche. L'expression vient des lives du streamer Fanum, membre du collectif new-yorkais AMP, qui « taxait » en plaisantant la nourriture de ses colocataires-streamers devant la caméra. Popularisée en 2023, elle est aujourd'hui utilisée bien au-delà du cercle des streamers d'origine.
Le suffixe « -ahh »
Accoler « ahh » à un adjectif pour tourner quelque chose en dérision (« ce look bizarre-ahh ») est un procédé argotique popularisé par des remixes TikTok, documenté sous le nom Goofy Ahh. C'est un pur marqueur de style oral — il n'a pas de sens propre en dehors de l'effet comique qu'il produit.
Gigachad
Si votre ado partage une photo noir et blanc d'un homme au visage anguleux extrêmement musclé pour illustrer, souvent ironiquement, une réussite quelconque, il s'agit du Gigachad, devenu l'incarnation ultime et volontairement exagérée du stéréotype internet du « Chad » (l'archétype de l'homme parfait). Il est très souvent utilisé au second degré, notamment dans les mèmes de type « sigma », voir plus bas.
« Sigma », « grindset »
Les mèmes présentant des personnages de fiction (souvent Patrick Bateman ou John Wick) comme des modèles de réussite solitaire et implacable relèvent du filon Sigma Grindset / Hustle Culture, qui parodie et amplifie le contenu motivationnel entrepreneurial en ligne. Popularisé à partir de 2020, il est presque toujours ironique : personne ne prend vraiment ces vidéos au sérieux, elles caricaturent un genre de contenu motivationnel jugé ridicule.
« Sus »
Si un comportement est qualifié de « sus », c'est l'abréviation de « suspicious » (suspect), popularisée par le succès viral massif du jeu vidéo Among Us en 2020. Le terme a largement dépassé le cadre du jeu pour devenir une expression générique du langage courant en ligne.
Le « brainrot » italien (Tralalero Tralala et consorts)
Si votre ado vous montre des animaux hybrides absurdes générés par intelligence artificielle (un requin en baskets, un éléphant-avion...) accompagnés de voix off italiennes délibérément incompréhensibles, il s'agit du filon dit « Italian brainrot », dont le personnage fondateur est Tralalero Tralala, apparu en janvier 2025. « Brainrot » (littéralement « pourrissement du cerveau ») est d'ailleurs le terme que les ados eux-mêmes emploient, avec une bonne dose d'autodérision, pour désigner ce type de contenu absurde et consommé en quantité.
Ce qui reste utile à retenir
Aucun de ces termes n'est un code secret impénétrable : chacun a une origine documentée, souvent une seule vidéo ou un seul créateur identifiable, et une bonne partie de cet argot passe de mode en quelques mois. Si un mot vous échappe, la meilleure approche reste la plus simple : demander à l'ado de vous l'expliquer. C'est aussi souvent le début d'une conversation plus intéressante que le mot lui-même.







